« Pourquoi les cadenas chez Jules Mulindwa ? » Une délivrance spirituelle qui soulève des questions

« Pourquoi les cadenas chez Jules Mulindwa ? » Une délivrance spirituelle qui soulève des questions

Ce dimanche 1er juin 2025, l’atmosphère était lourde de curiosité et d’attente dans l’enceinte de l’Église Cité de Refuge Kinshasa. Une foule compacte, venue parfois de très loin, s’était rassemblée pour participer au culte dominical et, surtout, pour percer le mystère d’une pratique longtemps au cœur des rumeurs : la délivrance par le cadenas.

Au milieu de chants puissants et de prières ferventes, le prophète Mulindwa Jules, visionnaire et fondateur de cette communauté spirituelle en plein essor, est monté sur l’autel, Bible en main et regard déterminé. Face aux murmures et aux critiques qui, depuis des années, qualifient cette méthode de superstition ou de manipulation, il a choisi ce jour précis pour briser le silence et offrir à tous une explication claire, détaillée et profondément enracinée dans sa foi.

« Beaucoup parlent sans savoir… », a-t-il lancé d’une voix grave, captant instantanément l’attention de tous. À travers son témoignage et ses éclaircissements, il a voulu rappeler qu’au-delà du simple objet qu’est le cadenas, se cache un symbole puissant de fermeture définitive des portes par lesquelles le diable s’introduit dans la vie des fidèles, semant blocages, malédictions et oppressions invisibles.

Pour certains sceptiques, cela reste un geste sans fondement. Mais pour les milliers de croyants qui témoignent de leur délivrance après cette prière particulière, le cadenas représente bien plus qu’un accessoire : il devient le sceau de leur liberté retrouvée, un signe tangible que plus aucune chaîne ne peut les retenir prisonniers des ténèbres.

En prenant la parole ce jour-là, le prophète Mulindwa n’a pas seulement répondu aux critiques. Il a ravivé, dans le cœur de beaucoup, la foi en un Dieu capable de briser toutes les prisons visibles ou invisibles et de sceller, une fois pour toutes, la victoire sur l’adversité spirituelle.

Une histoire révélée « spirituellement »

D’après le prophète Mulindwa Jules, cette pratique du cadenas de délivrance ne sort pas de son imagination : elle lui a été transmise, dit-il, directement par Dieu, à travers une vision profonde qu’il raconte sous la forme d’une parabole bouleversante.

Tout commence dans les temps anciens, dans un royaume lointain, prospère et respecté. Le jeune roi de ce royaume, couronné très tôt par la volonté de ses ancêtres et de Dieu, se devait de choisir une reine digne de ce titre. Après bien des réflexions, son cœur s’arrêta sur Chanceline, une jeune fille du peuple, reconnue dans tout le royaume pour sa beauté radieuse, sa douceur inégalée et surtout ses valeurs irréprochables.

Chanceline devint ainsi la reine ; aimée du peuple, chérie du roi. Son sourire apaisait les querelles, sa bonté inspirait même les plus durs guerriers. Mais derrière cette harmonie parfaite, se tramait déjà une tragédie nourrie de jalousie, de sorcellerie et de trahison.

Depuis son enfance, Chanceline avait une amie très proche, une confidente de toujours, presque une sœur de cœur. Elles avaient tout partagé : leurs secrets les plus intimes, leurs rires d’enfants, leurs larmes adolescentes, et jusqu’à leurs rêves de mariage. En devenant reine, Chanceline resta fidèle à cette amitié. Elle ouvrait toutes ses portes à son amie, lui permettant même d’entrer librement dans la chambre royale, le lieu le plus sacré de son couple.

Mais ce qui était pour Chanceline une marque de confiance devint pour son amie une tentation insupportable. Chaque regard posé sur le roi, chaque rire partagé par le couple royal attisait une flamme noire dans le cœur de cette femme restée célibataire. La jalousie dévora peu à peu l’amour fraternel qu’elle portait à Chanceline, jusqu’à le transformer en un poison terrible : le désir d’usurper sa place.

Et tandis que Chanceline, pure de cœur, ne se doutait de rien, son amie ourdissait, dans l’ombre, un plan diabolique pour voler non seulement la confiance de la reine, mais aussi l’amour du roi, la couronne et tout le royaume.

Le complot et le cadenas maudit

Aveuglée par sa convoitise, l’amie de Chanceline franchit un pas irréversible : elle se rendit en secret chez un marabout réputé, prêt à manipuler les forces obscures contre quelques pièces d’or. Elle entra dans la hutte sombre, le cœur battant, la jalousie grondant dans ses veines comme un venin.

« Maître marabout… », dit-elle d’une voix tremblante, « j’envie trop le foyer de mon amie. Elle est devenue la reine de ce royaume… et moi, je ne supporte plus de la voir heureuse auprès du roi. Je veux qu’elle disparaisse, qu’elle parte si loin que jamais plus personne ne puisse la retrouver, afin que je prenne sa place à ses côtés. Dites-moi ce que je dois faire ! »

Le vieil homme, à la barbe grise et aux yeux sombres, l’observa longuement avant de répondre, d’une voix sifflante : « Pour ce que tu demandes, il faut payer le prix. Donne ton or, et rapporte-moi un cadenas. Par ce cadenas, je scellerai son sort. »

Sans hésiter, elle vida sa bourse sur la natte poussiéreuse et courut chercher un cadenas neuf. Lorsqu’elle revint, le marabout posa le cadenas ouvert devant elle, sur un tapis couvert de poudres noires et de signes cabalistiques.

« Maintenant, prononce tout ce que tu désires contre ton amie. Déverse ton cœur de serpent sur ce cadenas, et je scellerai son destin. »

Le souffle court, la traîtresse approcha ses lèvres du cadenas entrouvert : « Toi, Chanceline… je veux que tu deviennes folle ! Que tu erres loin du palais et que plus jamais le roi ne pense à toi. Que ton nom soit effacé du cœur de tous ! Disparais, va-t’en au bout du monde et ne reviens jamais ! »

À mesure qu’elle parlait, le marabout murmurait des incantations. Quand ses vœux furent achevés, il saisit le cadenas encore ouvert, fixa la femme du regard et, dans un claquement sec, le verrouilla d’un coup sec ; scellant ainsi le sort de la reine.

Le rituel accompli, il lui donna un dernier avertissement, sa voix résonnant comme une malédiction elle-même :

« Prends ce cadenas et va le jeter là où nul ne le trouvera jamais. Car le jour où quelqu’un le découvrira et l’ouvrira, tout ce que tu as dit se retournera contre toi, et Chanceline sera libérée. Et souviens-toi bien : jamais tes yeux ne doivent croiser les siens. Si un jour vous vous voyez face à face, sa folie prendra fin et c’est toi qui perdras la raison. Maintenant, va ! Et porte ton fardeau jusqu’à la fin de tes jours… »

Tremblante, elle prit le cadenas maudit dans la nuit, certaine d’avoir, enfin, brisé son amie pour toujours.

Hantée par la peur que son crime soit un jour découvert, la méchante amie de Chanceline, tenant le cadenas froid et lourd entre ses mains tremblantes, retourna voir le marabout.

« Maître… puis-je le jeter dans une toilette du village ? » demanda-t-elle, la voix chevrotante.

Le vieil homme secoua lentement la tête, un sourire sinistre aux lèvres : « Non, petite sotte… une toilette peut être vidée, nettoyée. Un jour, quelqu’un pourrait tomber dessus et ouvrir ce cadenas. Non ! Jette-le dans les eaux profondes d’un fleuve, là où jamais une main humaine ne le retrouvera. Ainsi ton secret dormira pour toujours sous les courants. »

Suivant ce conseil, elle attendit la tombée de la nuit et, seule, jeta le cadenas ensorcelé dans le fleuve le plus vaste loin du royaume. À l’instant même où le métal toucha les eaux noires, la malédiction s’abattit sur la reine Chanceline.

Dans sa chambre royale, la jeune souveraine ressentit soudain un vertige violent. Des cris résonnèrent dans sa tête, ses souvenirs se brouillèrent, et ses yeux si clairs se voilèrent de folie. Avant que les gardes n’aient le temps de comprendre, Chanceline, hagarde, fuit le palais sans escorte, pieds nus, dans la nuit obscure ; et disparut dans la forêt, comme un souffle de vent.

Au lever du jour, nul ne sut expliquer sa disparition. Le roi, brisé par la douleur, parcourut le royaume, fit fouiller chaque village, chaque hameau. Rien. Pas un indice. Pas un témoin. Sa reine tant aimée s’était volatilisée, et avec elle le rêve d’un héritier pour assurer la descendance royale. Ce que nul ne savait, pas même le roi, c’est que Chanceline portait déjà en son sein la vie : un petit prince, fruit d’un amour pur, mais condamné à naître loin du trône.

Pendant ce temps, la perfide amie, restée au palais, sut tirer profit de la blessure du roi. Avec une patience démoniaque, elle se glissa dans chaque vide laissé par la reine disparue. Chaque matin, elle lui préparait un café fumant ; chaque soir, elle prenait soin de ses vêtements, lui apportait des paroles douces pour calmer ses sanglots. Elle devint sa confidente, son pilier, son baume contre l’absence.

Peu à peu, le roi, las de chercher une épouse perdue et persuadé qu’elle ne reviendrait jamais, puisqu’elle ne laissait derrière elle ni héritier ni espoir, finit par céder. L’amie déloyale s’installa ainsi sur le trône de Chanceline, savourant chaque instant du luxe et du pouvoir volés, tandis que la véritable reine, elle, errait quelque part, prisonnière de la folie et du sort cruel qu’on lui avait scellé avec un simple cadenas…

Une reine déchue, mais une mère invincible

Le temps passa, et le sort injuste continua de ronger le royaume.

Malgré tous ses efforts pour jouer à la reine, l’usurpatrice, l’amie perfide de Chanceline, ne put jamais donner un héritier au roi. Aucun sorcier, aucune prière clandestine ne put lui accorder ce qu’elle avait volé à sa meilleure amie : la maternité. Et ce vide dans le berceau royal devint peu à peu un gouffre pour tout le royaume. Sans prince ni princesse, l’espoir s’éteignit dans le cœur du peuple. Les récoltes déclinèrent, la prospérité s’enfuit, et dans chaque murmure, on osait dire : « Depuis que la vraie reine a disparu, la malédiction nous ronge… »

Pendant ce temps, loin du trône, la reine légitime, Chanceline, marchait pieds nus, vêtue de haillons, le regard perdu, ses souvenirs engloutis dans les brumes de la folie. Elle errait de ruelle en ruelle, enceinte, sans savoir même qu’elle portait le fruit de l’amour qu’elle avait eu avec le roi. Dans un coin de chantier abandonné, sous la pluie, sans sage-femme ni couverture, elle mit au monde un petit garçon. Seule, sous la lune muette, elle le sera contre son sein et murmura un chant que sa mémoire brisée semblait pourtant ne jamais oublier.

Les années passèrent. L’enfant grandit, vif et curieux malgré la misère. Il se lia d’amitié avec d’autres garçons de son âge, jouant dans les ruelles poussiéreuses, loin du faste du palais qui lui revenait pourtant de droit.

Par un de ces hasards que seule la providence peut tisser, le fils d’un homme généreux, un bon samaritain du quartier devint son compagnon de jeux inséparable. Voyant le petit prince sans le savoir courir pieds nus, vêtu de chiffons, ce père au cœur d’or dit un soir à son fils :

« Mon garçon, je te vois souvent jouer avec le fils de cette pauvre folle. Va lui dire que je vais payer ses études. Qu’il vienne à l’école avec toi. Qu’il ait au moins une chance de devenir un homme. »

Le message fut porté, comme une lueur dans la nuit. L’enfant courut vers sa mère pour lui annoncer la bonne nouvelle. Mais Chanceline, dans son univers fragmenté, ne comprit pas tout. Elle sourit seulement en voyant son fils heureux et hocha la tête, sans pouvoir imaginer que son sang royal allait se retrouver sur les bancs de l’école.

Très vite, le petit garçon eut des vêtements propres, un cartable neuf, et des cahiers qu’il serrait contre son cœur comme un trésor. Chanceline, assise sur un vieux trottoir, le regardait partir chaque matin, un sourire fou sur les lèvres, mais un amour maternel plus pur que celui de bien des reines couronnées.

Pourtant, la misère et la cruauté du monde ne cessèrent pas de s’acharner sur elle. Dans la nuit noire, un homme, membre d’une loge satanique avide de sacrifices et de pouvoir, la viola sauvagement, croyant que souiller une folle lui ouvrirait les portes d’une promotion occulte. Brisée, Chanceline porta encore en elle une nouvelle vie. Et quelques mois plus tard, au milieu de détritus et de tôles rouillées, elle donna naissance à une petite fille d’une beauté saisissante, comme si la lignée royale refusait de mourir.

Lorsque le bon samaritain vit Chanceline de nouveau enceinte, un poids de tristesse serra son cœur. Il se demanda, avec une colère impuissante : « Qui a pu commettre une telle ignominie ? »

Mais malgré tout, malgré sa folie, malgré la crasse, malgré les blessures visibles et invisibles, Chanceline resta une mère avant tout. Elle protégea son fils et sa fille comme une louve blessée garde ses petits, prête à tout pour que, même dans l’ombre et la boue, ils conservent un éclat de dignité et d’amour.

Les années passèrent comme un rêve que rien ne pouvait réveiller.

Grâce à l’amitié fidèle qui liait son fils à celui du patron généreux, le premier enfant de Chanceline poursuivit ses études sans jamais manquer de rien. Les deux garçons, devenus comme des frères, se soutinrent mutuellement à chaque étape de la vie, transformant les ruelles sales de leur enfance en souvenirs d’un passé révolu.

Le patron, voyant l’effort et l’intelligence du fils de la « folle », décida d’étendre sa bonté : « Si Dieu m’a permis de scolariser ce garçon, que sa sœur ne reste pas derrière. Elle aussi mérite une vie meilleure. »

Ainsi, la petite sœur de ce jeune homme, fruit douloureux d’un viol, entra à son tour à l’école, vêtue de propreté et de dignité pour la première fois de sa vie.

Les saisons se succédèrent, les examens passèrent, et la récolte fut belle : le fils de Chanceline décrocha son diplôme universitaire, un parchemin de victoire arraché aux griffes de la malédiction. Fort de son nouveau statut, il décida de poser un premier acte de gratitude envers celle qui, même brisée, n’avait jamais cessé de l’aimer : il fit interner sa mère dans un centre psychiatrique, espérant que la science soigne enfin ce que la sorcellerie avait enchaîné.

Pendant ce temps, la jeune fille de Chanceline, devenue une magnifique étudiante à l’université de la grande ville, attira tous les regards. Son frère et son ami de toujours restaient unis comme au premier jour. Un soir, dans une conversation discrète, le fils du patron confia son souhait :

« Mon ami, ta petite sœur est une perle rare. Quand elle aura terminé ses études, j’aimerais la demander en mariage. »

Le frère sourit. Tout ce qu’ils avaient reçu de cette famille méritait bien que l’amour vienne sceller leur histoire commune.

Mais loin de ces projets purs, la jeune fille, trop influencée par certaines camarades, se laissa glisser dans les tentations faciles de la prostitution de luxe. Elle, l’enfant d’une reine, bradait sans le savoir son sang royal dans les chambres sombres d’hôtels huppés, pour quelques billets froissés.

Et le destin, cruel et mystérieux, l’amena un soir à rencontrer un homme riche, influent mais à l’âme pourrie. Ce n’était nul autre que son propre père biologique, celui qui avait violé Chanceline dans une nuit de ténèbres, des années plus tôt.

L’homme, aujourd’hui membre confirmé d’une loge satanique, avait pour habitude de sacrifier, après usage, ces jeunes corps qu’il payait à prix d’or pour obtenir plus de puissance occulte. Mais ce soir-là, quelque chose se brisa en lui. Quand il posa les yeux sur la jeune femme, un sentiment inédit lui transperça le cœur : un amour incompréhensible, un instinct protecteur qu’il ne s’expliquait pas.

Dans la chambre d’hôtel, la jeune fille, impatiente de finir vite et d’empocher son argent, lui murmura : « Pourquoi tu ne me touches pas ? Toute la nuit tu fais que me regarder… On n’a rien fait, et tu veux me donner de l’argent ? »

L’homme, la voix tremblante, lui répondit sans oser croiser son regard :

« Je ne peux pas. Il y a en toi… quelque chose qui m’interdit de le faire. Je ressens pour toi un amour qui n’a pas de nom. Je ne veux pas de toi pour une nuit, je voudrais… t’épouser plus tard. »

S’il avait su qu’elle était sa propre fille, il se serait effondré sous le poids du remords. Mais Dieu, dans Sa miséricorde, empêcha l’irréparable. Ce soir-là, aucun pacte de sang ne fut scellé, aucune souillure n’ajouta de fardeau sur la tête déjà trop lourde de Chanceline.

Le secret de la loge dévoilé

Dans l’antre de la loge satanique, alors que les autres adeptes se vantaient d’accomplir sans scrupule leur sinistre besogne, séduire, abuser puis sacrifier de jeunes étudiantes pour nourrir leur soif de pouvoir lui seul échouait à aller jusqu’au bout.

Ce riche et influent membre du cercle noir, autrefois sans pitié, se voyait incapable de toucher la jeune fille qu’il avait choisie. Il ne comprenait pas pourquoi, mais chaque fois qu’il la regardait, un amour sincère, inexplicable, paralysait ses instincts les plus sombres.

Mais la loi de la loge était sans appel. Le Grand Maître, un homme plus froid que la mort elle-même, convoqua le récalcitrant et lui lança un ultimatum terrible :

« Si tu ne la sacrifies pas avant la pleine lune, sache que c’est toi qui mourras, et avec toi cette fille pour laquelle tu oses défier nos ordres. »

À genoux devant le maître, il implora :

« Laissez-moi choisir une autre, dix autres même ! Mais épargnez celle-ci… je l’aime, je ne peux pas ! »

Mais derrière ses rires glacials, le Grand Maître connaissait la vérité : cette fille était le fruit du viol que son serviteur avait commis sur une folle, Chanceline. Lui seul détenait ce secret diabolique, gardé comme une arme ultime.

Pendant ce temps, le temps pressait. Les jeunes étudiantes tombaient une à une, leurs disparitions alimentant la rumeur d’un mal invisible dans la ville. Dévoré par la peur de perdre la vie et celle qu’il aimait d’un amour interdit, l’homme prit une décision radicale.

Une nuit, dans une chambre d’hôtel baignée par une lumière trouble, il confessa tout à la jeune fille :

« Écoute-moi, je t’en supplie. Je ne suis pas un simple homme riche… Je fais partie d’une loge, et on m’a ordonné de te sacrifier. Si je ne le fais pas, on me tuera. Et toi aussi. Mais je ne peux pas te toucher… je ne peux pas te faire du mal. Viens, fuyons ensemble… allons à l’église, cherchons un homme de Dieu pour nous délivrer. »

Terrorisée par ces révélations, la jeune fille se mit à trembler de tout son corps. Ses larmes inondaient son visage. Voyant qu’elle risquait de crier, il la prit dans ses bras, la porta presque de force jusqu’à la voiture et fonça, sans regarder derrière lui.

Ils arrivèrent, haletants, chez un véritable homme de Dieu, où se déroulait une grande délivrance. Aussitôt, le pasteur débute l’intercession. Les démons qui contrôlaient l’homme et liaient la jeune fille se manifestèrent violemment de la même manière dont on frappe les démons à l’Eglise cité de refuge.

Soudain, la vérité éclata dans des cris d’esprits tourmentés :

« Oui ! Cet homme a violé une folle, la reine Chanceline… Cette fille est son enfant… Il voulait sacrifier son propre sang sans le savoir ! »

Un silence de plomb tomba. La jeune fille hurla de douleur en entendant cette révélation monstrueuse : cet homme qu’elle pensait aimer comme un protecteur n’était autre que son père biologique, le bourreau de sa propre mère.

Incapable de se tenir debout, elle s’écroula au sol, sanglotant à fendre le cœur. L’homme, brisé, pleura lui aussi, battant sa poitrine :

« Pardonne-moi ! Je ne savais pas… J’ai été aveuglé par le diable… Pardon, ma fille ! »

Mais la fille, étouffée par la honte et le choc, hurla :

« Je ne peux pas te pardonner ! Tu as détruit ma mère, tu as souillé ma vie… je ne peux pas ! »

Le pasteur, la voix vibrante de compassion, posa la main sur sa tête :

« Ma fille, écoute-moi… Regarde ce que Dieu a fait : s’il t’avait touchée cette nuit, tu serais morte aujourd’hui, sacrifiée comme tant d’autres. Mais par Sa grâce, vous êtes venus à temps. Le diable est vaincu. Maintenant, le pardon est ton ultime arme pour briser ce joug et rendre ta famille à la lumière. Pardonne-lui, ma fille… »

Entre les sanglots et les halètements, la jeune fille leva lentement les yeux, croisant ceux de son père, pleins de remords et de larmes. Un soupir long, lourd de souffrance, s’échappa de sa poitrine. Elle murmura dans un souffle :

« Je te pardonne… mais plus jamais… plus jamais je ne veux te revoir. »

Ce soir-là de la délivrance, dans leur petite maison à quelques kilomètres du fleuve, le pêcheur rentra, le visage rayonnant, le panier débordant de poissons. Mais un seul comptait vraiment : ce silure gigantesque, plus gros que tout ce qu’il n’avait jamais tiré des eaux. Fier comme un roi, il appela sa femme d’une voix enjouée :

Viens voir, ma chérie ! Aujourd’hui, on danse pour la chance !

Ils posèrent le poisson sur la table, tournèrent autour, et, emportés par une joie simple et pure, ils se mirent à danser comme deux enfants sous la lune. Après la danse, la femme, essoufflée mais curieuse, demanda :

Mais dis-moi chéri, cette danse, c’est pour quoi au juste ? Tu ne me caches rien au moins ? Tu as volé quelqu’un ? Tu es rentré tard…

Le pêcheur éclata de rire, jeta une liasse de billets sur la table :

Voler ? Jamais ! Regarde : j’ai vendu tous les autres poissons à un prix que tu n’imaginerais pas ! Et le plus gros, je te l’offre pour notre festin.

Heureuse, la femme commença à vider le gros poisson. Mais soudain, son couteau heurta un objet dur. Fronçant les sourcils, elle fouilla dans la panse gluante et, à sa stupeur, en sortit… un cadenas, couvert de résidus, vieilli par l’eau.

Elle cria, apeurée : Mon chéri, viens voir ça vite ! Ce poisson a avalé du fer ?

Le pêcheur haussa les épaules : Aaah… toi aussi ! Ces silures avalent tout ce qui brille. Laisse-moi voir.

Par jeu, sans réfléchir, il fit tourner la clé rouillée encore fichée dans le trou de serrure. CLIC ! Le cadenas céda, libérant un craquement sec, comme un coup de tonnerre étouffé.

Au même instant, dans un hôpital psychiatrique, Chanceline, qui depuis des années subissait piqûres et traitements, ouvrit soudain les yeux, clairs comme au premier jour. L’infirmière, prête à piquer son bras, sursauta en voyant la patiente lui attraper fermement le poignet.

Arrêtez ça tout de suite ! Qui êtes-vous pour oser m’injecter quoi que ce soit ? Je ne suis pas folle ! Je suis la Reine Chanceline, épouse du Roi, souveraine du royaume ! Où est mon mari ? Où est mon palais ? Qui m’a enfermée ici ?

Sa voix, ferme et vibrante, résonna dans toute la salle. L’infirmière, prise de panique, laissa tomber la seringue. Les autres soignants accoururent, stupéfaits : la « folle » parlait avec une précision déconcertante, donnant des détails sur la cour royale, ses servantes, la chambre nuptiale, la première nuit de son mariage… des choses que seule la véritable reine pouvait savoir.

Rapidement, on fouilla les archives. On relia son identité au dossier de disparition de la reine sans héritier.

Aussitôt, l’équipe médicale alerta les autorités locales, puis, sur instruction du chef de service, on appela les proches identifiés dans son dossier :

Son fils aîné, le jeune prince qui avait tant souffert pour elle,

Sa fille cadette, belle et encore marquée par la révélation récente de ses origines,

• Et l’homme, jadis violeur, désormais libéré de sa loge satanique par la délivrance à l’église, le père biologique de la jeune fille.

Tous trois accoururent au centre psychiatrique, le cœur battant d’émotion et de crainte. En franchissant la porte de la chambre, ils trouvèrent Chanceline assise, la tête haute, ses yeux clairs comme au premier jour :

Mon fils… ma fille… vous êtes venus !

Un silence solennel envahit la pièce. La fille fondit en larmes, se jetant dans les bras de sa mère. Le fils tomba à genoux, baisant les mains de la reine enfin retrouvée. L’homme, brisé par la honte de son crime passé, se tint à distance, tremblant :

Reine Chanceline… je… pardonnez-moi…

Chanceline posa sur lui un regard pénétrant :

Toi aussi, je te pardonne. Car le mal que tu as semé a fait pousser le plus beau fruit : ma fille.

Devant les médecins ébahis, la reine tendit la main à tous, les rassemblant dans une étreinte qu’aucune malédiction ne put plus défaire.

Retour de la reine Chanceline dans le Royaume de son Mari

Depuis le jour funeste où le roi avait commencé à partager sa couche avec l’usurpatrice, jadis la confidente de Chanceline, tout son royaume avait basculé dans le malheur :

Son corps s’affaiblit peu à peu, ses yeux s’éteignirent, et ses jours n’étaient plus qu’une lente agonie sur un lit de soie devenu tombeau. Le peuple, frappé de désespoir, murmurait que le roi mourrait sans héritier, et que la lignée bénie s’éteindrait.

Mais voilà qu’un matin, devant les lourdes portes du Palais Royal, apparut une silhouette frêle, usée par la souffrance, accompagnée de deux jeunes visages lumineux et de quelques témoins de son passé brisé : c’était Chanceline elle-même, revenue des ténèbres, ramenant la vérité et la promesse de vie.

Les plus anciens gardiens du palais, qui avaient veillé jadis sur sa splendeur, la reconnurent aussitôt malgré ses habits de misère et son teint marqué par les épreuves. Ils restèrent d’abord figés, bouche bée, puis tombèrent à genoux dans un même cri :

Vive longtemps Son Altesse Chanceline !

Tremblants d’émotion, ils se précipitèrent pour alerter le Premier Ministre, gardien zélé du trône. Mais celui-ci, usé par tant de fausses rumeurs, repoussa d’abord leurs paroles d’un revers sec :

Assez de balivernes ! Vous savez tous que notre roi est devenu l’ombre de lui-même pour avoir perdu sa tendre épouse… Et vous osez remuer sa douleur avec des contes ? Voulez-vous hâter sa mort ?

Mais les gardes insistèrent, jurant sur leur vie que c’était bien elle, la Reine vivante devant le portail royal. Intrigué, le ministre, à pas précipités, s’approcha, vit Chanceline de ses propres yeux, et, bouleversé, s’agenouilla à ses pieds :

Vis longtemps, Ô Mère du Royaume !

Sans plus attendre, le Premier Ministre courut à perdre haleine jusqu’à la chambre royale. Sur son passage, il bouscula l’usurpatrice, assise à épier les moindres soubresauts de pouvoir. Folle de rage, elle le stoppa net, crachant : Imbécile ! Nous pleurons ici l’état du roi et toi, tu oses danser comme un fou ?

Mais le ministre, fou de joie, la repoussa, entra dans la chambre royale et s’inclina bas :

Majesté… Majesté ! J’apporte une lumière pour vos yeux et un baume pour votre cœur meurtri : notre Reine est revenue, et avec elle… vos enfants, le sang de votre sang !

Le roi, qui depuis des années ne quittait plus sa couche, entendit ce nom béni, Chanceline, et un sursaut de vie traversa son corps desséché. Il se redressa, la voix tremblante :

Répète… Répète ce que j’entends…

Notre Reine est vivante ! Elle est ici, à la porte du palais !

Alors, comme touché par un souffle divin, le roi bondit de son lit, exigea qu’on lui apporte ses habits royaux, et tituba vers le grand hall, appuyé sur le bras du ministre et plus il avançait ses forces se restauraient.

Au premier mot prononcé par Chanceline, douce et limpide :

Vis longtemps, mon Roi !

Ses yeux, que la sorcellerie avait scellés, s’ouvrirent de nouveau. Un cri de joie fendit le silence : le roi, en larmes, serra sa reine contre son cœur battant, la couvrant de baisers et de sanglots.

Il ordonna sur-le-champ qu’on fasse venir les meilleurs soins de beauté, qu’on la revête de ses parures sacrées et qu’on prépare une fête digne des ancêtres.

Mais derrière une colonne, l’usurpatrice, celle qui avait brisé la couronne par sa trahison, observait la scène, la bile au ventre. Ne pouvant y croire, elle sortit du palais, le cœur gonflé de haine, pour vérifier de ses propres yeux. Mais à l’instant même où son regard croisa celui de Chanceline, la deuxième condition de son pacte maléfique se brisa comme verre sous le marteau.

Ses pupilles roulèrent, sa bouche écuma, et dans un cri démoniaque, elle avoua tout devant les témoins :

C’est moi ! J’ai volé sa place ! J’ai rendu le roi aveugle ! J’ai maudit ce trône !

Folle de panique, elle arracha ses bijoux, déchira sa robe et se mit à courir nue dans la cour du palais, frappant sa tête contre les colonnes de marbre.

Le roi, debout, majestueux malgré les années perdues, ordonna d’une voix de tonnerre :

Qu’on l’enchaîne et qu’on la mène hors du royaume ! Que sa sentence soit celle qu’elle voulait pour ma reine : qu’elle périsse sous les pierres du peuple qu’elle a trompé !

Ce soir-là, chants, tambours, banquets et danses couvrirent le royaume entier. Le peuple célébrait la justice retrouvée, la lignée royale sauvée, et l’amour plus fort que la mort.

Le cadenas du diable était brisé : la vérité avait repris son trône. À travers cette histoire saisissante, le Prophète Mulindwa Jules entend démontrer une vérité spirituelle profonde : certaines chaînes invisibles, héritées de pactes occultes ou de malédictions ancestrales, ne se brisent pas simplement par des mots, mais exigent parfois un acte symbolique puissant, ici, l’ouverture d’un cadenas.

« Le cadenas représente l’acte occulte qui a scellé un destin injustement, explique le Prophète. Ouvrir ce cadenas sous la prière, c’est libérer ce destin. »

Et de préciser encore :

« Beaucoup de gens sont liés par des paroles, des alliances qu’ils ignorent. La délivrance par le cadenas permet de briser ces liens spirituels et de restaurer ce qui a été volé. »

Pour ses fidèles, les témoignages abondent : des familles réunies, des malades guéris, des esprits libérés après ce rituel singulier. Pour eux, ce n’est ni une mascarade ni de la superstition, mais une réalité spirituelle qui agit là où la logique humaine s’arrête.

Pourtant, le cadenas continue de susciter la curiosité et parfois le scepticisme. Certains observateurs dénoncent une forme de « théâtralisation mystique » ; d’autres y voient, au fond, une psychothérapie spirituelle qui donne un exutoire aux âmes tourmentées.

Mais pour l’Église Cité de Refuge, l’essentiel n’est pas dans la controverse : l’essentiel, disent-ils, est dans les chaînes qui tombent, les cœurs qui pardonnent, et les vies qui reprennent sens.

Chaque 30 juin, date hautement symbolique de la libération nationale en République Démocratique du Congo, le Prophète Mulindwa Jules consacre une grande cérémonie de « délivrance par le cadenas ». Fidèles et curieux affluent alors de tout le pays pour recevoir ce qu’ils appellent la liberté totale, au-delà des discours politiques ou religieux.

Et pour ceux qui doutent encore, le Prophète lance toujours le même défi :

« Venez voir de vos propres yeux. Vous jugerez par vous-mêmes. »

Clement M / Rédaction

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