Ce dimanche 13 avril 2025, l’église Cité de Refuge à Goma a vibré sous le poids de l’émotion et de la reconnaissance. Si les fidèles sont venus nombreux pour le culte dominical, un témoignage en particulier a capté l’attention : celui de Shadrack Kahinyuza, jeune scientifique formé en mathématiques et en physique, venu partager une expérience de foi bouleversante à la croisée de la science, de la souffrance et du divin.
Shadrack se décrit comme un pur produit de la pensée rationnelle. « Pour moi, rien ne vaut une démonstration mathématique. Je ne crois que ce que je peux prouver », affirme-t-il. Pourtant, c’est loin des laboratoires et des équations que sa vie a basculé : dans une église, sous la conduite du prophète Jules Mulindwa.
Depuis l’enfance, Shadrack souffrait d’une mystérieuse maladie héréditaire, marquée par des céphalées violentes et des pertes de connaissance récurrentes. « Ma mère m’avait dit que c’était la même maladie qui avait emporté mon grand-père, mon père, et mon grand frère. J’étais persuadé que mon tour viendrait », confie-t-il. Les traitements médicaux échouent, une opération cérébrale est envisagée, sans aboutir. Ni les églises traditionnelles ni les charlatans ne parviennent à le soulager.
Expulsé par son frère, un témoin de Jéhovah chez qui il logeait à Goma, Shadrack trouve refuge chez un ami fidèle de la Cité de Refuge. Il refuse d’abord d’y mettre les pieds, rebuté par la réputation controversée de l’église. Mais un violent épisode de sa maladie le plonge dans l’inconscience. Son hôte, pris de panique, l’emmène de force au culte. Faute de place, Shadrack est installé… sur un baffle.
« Ironie du sort, dans ce contexte sonore que les médecins m’avaient interdit, je me suis réveillé… guéri », témoigne-t-il, encore ému. « Depuis ce jour-là, plus aucune crise. J’ai même repris mes études. »
Mais ce qui l’a le plus bouleversé, au-delà de sa guérison, c’est la manière très particulière dont se déroulent les délivrances dans cette église. Ici, les démons sont convoqués, interrogés, frappés, forcés à parler. « On appelle cette église famille ya wapiga mapepo la famille des frappeurs de démons », dit-il avec un sourire mi-fasciné, mi-interloqué.
Au début, il était persuadé que tout cela n’était qu’une mise en scène orchestrée par le prophète Mulindwa. « Je pensais qu’il avait engagé des gens pour simuler des possessions. » Mais un événement va tout changer.
Lorsqu’il reçoit la visite de sa jeune sœur venue de Rutshuru, il l’invite à un culte, par simple curiosité. Là, à sa grande stupéfaction, elle manifeste violemment un esprit. « Elle ne connaît personne à Goma. Comment aurait-elle pu simuler cela ? », s’interroge-t-il.
Ce jour-là, Shadrack réalise que les délivrances ne sont pas de simples “cop” comme il les appelait, mais il garde un doute : « Je me suis dit, si ce n’est pas du théâtre, alors peut-être que Jules utilise la sorcellerie. »
Mais un autre événement viendra bouleverser ses dernières certitudes.
De passage au village, sa sœur aînée enceinte de cinq mois lui avoue craindre une nouvelle fausse couche, comme les cinq précédentes survenues au septième mois. Inspiré par ce qu’il a vu à l’église, Shadrack ose poser la main sur elle, sans pasteur ni musique. Aussitôt, des manifestations spirituelles se produisent. Il prie, interroge, et la délivre à la manière du prophète. « Elle a été libérée. Sa grossesse est allée jusqu’au terme, sans complication. »
Depuis, Shadrack affirme croire à une puissance divine qui dépasse les cadres de la science. « J’ai compris que Dieu agit au-delà des théorèmes. Parfois, il faut mettre la logique de côté. » Il insiste : Dieu peut se servir de n’importe qui, n’importe où — pas besoin de titre religieux ni de temple prestigieux.
Aujourd’hui, Shadrack est un fidèle régulier de la Cité de Refuge. Il incarne un pont entre deux mondes souvent opposés : celui de la foi et celui de la science. Un symbole vivant d’un dialogue possible entre miracle et démonstration.
Clément M. Softly
