Ce dimanche 18 mai 2025, l’émotion a submergé l’assemblée de l’église Cité de Refuge goma, lorsque Justine, une fidèle, a pris la parole pour livrer un témoignage vibrant de douleur, de persévérance et de transformation. Ce récit, long d’environ dix minutes malgré une minute accordée à l’origine, a capté l’attention au point que même le modérateur a oublié le temps, tant la force de ses mots a saisi l’auditoire.
Justine, mère de cinq enfants, est montée à l’autel en toute simplicité, avouant : « Je ne sais pas par où commencer mon témoignage. » Et pour cause : son parcours est marqué par une extrême pauvreté, des tensions conjugales destructrices, et une vie au bord de l’effondrement.
Elle raconte être arrivée à l’église non pas par foi, mais par besoin. « Je ne suis pas venue ici pour prier, ni par fidélité. J’étais poussée par la famine. On m’avait dit qu’ici, chez le prophète Jules Mulindwa, on donnait de l’argent aux fidèles. » Son mari, impuissant face à la misère, avait quitté le foyer pour tenter sa chance à Rutshuru, en vain. Elle, laissée seule avec ses enfants, croulait sous sept mois de dettes de loyer et n’avait que 200 francs congolais en poche.
L’un de ses enfants souffrait d’un abcès infecté. Une nuit, les cris de douleur de l’enfant l’empêchent de dormir. À l’aube, dans un bref sommeil, une voix lui murmure en rêve : « Va à l’église. » C’est ce message, et non une quelconque envie religieuse, qui la pousse à franchir les portes de la Cité de Refuge.
Arrivée à l’église, l’enfant cesse miraculeusement de pleurer. Pendant la prédication, Justine assiste à un acte généreux : le prophète Mulindwa donne 100 dollars à une femme dévastée par un vol. « Je me suis dit, si elle a eu, peut-être moi aussi un jour. Je vais rester ici. » Ce même jour, elle apprend que son mari, hospitalisé à Rutshuru, commence subitement à se rétablir. Deux miracles en une journée. Pour elle, le message est clair : elle doit rester dans cette église.
Mais la stabilité reste fragile. Peu après son rétablissement, son mari rentre à la maison, plus violent que jamais. Jaloux de l’église qui l’avait pourtant sauvé, il interdit à Justine de continuer à y aller. « Mon mari rentrait souvent ivre, sortais avec d’autres femmes, rentrait à une heure du matin, parfois pas du tout. »
Une nuit, il ne rentre pas. Justine reçoit un appel alors qu’elle est à l’église : son mari a été gravement battu après une altercation avec un policier, et se trouve au poste de Kabutembo. Elle paie 40 dollars pour le libérer. Trop faible pour l’hôpital, il reste chez eux, convalescent. Et c’est en écoutant la radio NURU FM (la même fréquence qu’il refusait autrefois) qu’il commence sa transformation. Le message du prophète le touche. À sa surprise, il décide de venir lui-même à l’église.
Mais cette tentative de changement ne dure pas. Effrayé par les exigences spirituelles strictes de l’église, il abandonne et recommence à interdire à sa femme d’y aller. Justine, à bout, demande à l’apôtre de l’église de l’aider à divorcer. Elle reçoit une réponse ferme : « Prie, et Dieu décidera. » Même le prophète Mulindwa lui conseille la prière plutôt que la séparation. Mais Justine est sceptique : « Si je fais l’offensive de la main spirituelle (Ku katakata) et que mon mari meurt, est-ce que je vais pouvoir élever seule mes enfants ? »
Après une nouvelle scène de violence domestique, Justine pense fuir. Mais elle choisit une autre voie : chercher un emploi. Elle devient domestique chez un catholique pour 30 dollars par mois. Puis, elle gravit les échelons en changeant le travail : 60 dollars, ensuite 180 dollars. Elle sort de la misère, guérit de ses douleurs de dos et d’estomac. « Je suis arrivée ici maigre, déchirée, mais regardez-moi aujourd’hui », dit-elle avec fierté.
À ce moment-là, elle prend une décision radicale : elle entame l’offensive de la main spirituelle (Ku katakata) pour que son mari change ou qu’il meure. « Je ne pouvais plus continuer à souffrir avec lui. » Mais c’est alors que l’impensable arrive : son mari revient vers elle, transformé, repentant, prêt à rejoindre l’église de façon sincère.
Son mari, debout à ses côtés, prend la parole à son tour : « Je ne savais pas que je pourrais un jour me tenir devant les gens comme aujourd’hui. J’étais un ivrogne, un débauché. Une fois, une de mes maîtresses a trempé mes habits pour que je reste chez elle. Je suis resté trois jours sans rentrer à la maison. »
Il poursuit, visiblement ému : « Grâce à Dieu, à l’église et au prophète Mulindwa Jules, j’ai changé. Mes anciens amis me demandent si je travaille dans quel bureau. À la maison, tout a changé. »
Aujourd’hui, Justine et son mari témoignent d’une vie transformée. Le couple, jadis brisé par la pauvreté, la trahison, la violence et la misère, se tient main dans la main dans l’enceinte d’une église qu’il avait autrefois rejetée.
« Avant, je ne pouvais même pas dire que c’était mon mari. Il n’était pas présentable. Aujourd’hui, je vous le présente. Voici mon mari », conclut Justine, la voix remplie d’espoir.
Dans une société souvent brisée par les violences conjugales et les difficultés économiques, ce témoignage montre le pouvoir de la foi, de la persévérance et de la rédemption. Ce témoignage est plus qu’un miracle : c’est une preuve vivante que la lumière peut jaillir même des ténèbres les plus profondes.
Clément M. Softly
